30/09/2013

Tino Rossi - L'empereur a gardé sa couronne

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Il a disparu le 26 septembre 1983, après "50 ans de règne absolu" sur la chanson française.
Que reste-t-il aujourd’hui de Tino Rossi ?
Des succès, des critiques, et un goût un peu suranné pour la romance.

Cinq cents millions de disques vendus (record pour un artiste français), 1 363 chansons enregistrées, 30 films et 4 opérettes à succès, sans compter des milliers de galas à travers le monde. Trente ans après sa disparition, le 26 septembre 1983, Tino Rossi reste l’un des monuments indéboulonnables de la chanson française.

« Le Rossignol corse » ou « L’empereur du microsillon » « a eu 50 ans de règne absolu », rappelle Emmanuel Bonini, Corse lui-même, qui vient de sortir une biographie (1), agrémentée de photos et documents rares, et « il est plus que jamais d’actualité ». Avec Petit papa Noël — cet arbre qui cache la forêt — Marinella, Tchi tchi et autres tubes, le chanteur à la voix veloutée à deux octaves et demie a en effet marqué le XXe siècle, « de l’affaire Stavisky au président François Mitterrand ». Dans un sondage de 1961, il devance Brel, Brassens et un certain Johnny comme chanteur préféré des Français. 

Cette semaine, il a été célébré dans sa ville natale, Ajaccio, là où il a grandi auprès d’un père tailleur qui l’aurait bien vu… secrétaire de mairie. Mais dès son enfance, « Tintin », son surnom d’alors, a d’autres aspirations, plus artistiques. « Grâce à lui, l’âme corse, si souvent malmenée, a gagné une reconnaissance », a souligné Simon Renucci, le maire d’Ajaccio. Il est resté le principal ambassadeur de la Corse, le plus illustre de ses fils. « À mes yeux, il fut le Napoléon 1er de la chanson », affirme le compositeur Jean-Jacques Debout dans la préface du livre.

Les « hormones » des femmes

Le « ténorino » de l’amour heureux qui n’a jamais renié ses origines modestes (« un gamin parti de rien, comme Napoléon »), discret et humble, a souvent été visé par les critiques. « Pierre Desproges ou Claude Sarraute l’ont attaqué, mais c’était injuste », retient Emmanuel Bonini, « il a souffert de jugements à la Bolchévique ». Surtout à la Libération. « Ces mauvaises fréquentations l’ont desservi », dit l’auteur.

Tino Rossi a surtout été l’archétype du latin lover. « Il a apporté la romance ». La coqueluche de ces dames. Au point que Georges Bernanos l’accuse en 1936 d’avoir une voix synonyme « d’avachissement national ». À l’inverse, Marcel Pagnol pensait que « ses chansons étaient le journal intime de ceux qui n’en tiennent pas ». Ses prestations scéniques déclenchaient l’hystérie, bien avant les Beatles. « Sa voix avait un impact physique sur les gens », elle agissait directement sur « les hormones » des femmes (encore Pagnol, fan absolu).

Difficile aujourd’hui de trouver un « héritier ». Peu d’artistes se revendiquent aujourd’hui de lui, contrairement à un Brel ou un Brassens. Séduit-il moins les nouvelles générations ? « Il y a eu beaucoup d’imitations de son vivant, note Emmanuel Bonini, mais il reste unique. Et je veux le réhabiliter, comme je le ferais pour mon père ».

(1) « Le vrai Tino », éditions Carpentier

Source : DNA Culture (cliquez ici)

10/09/2013

Jean-Jacques Goldman - Presse

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Jean-Jacques Goldman, le succès par procuration
Source : DNA (Dernières nouvelles d'Alsace)
Auteur : Xavier Frère
Photo : AFP 

Personnalité préférée des Français, carton dans les hits de  Génération Goldman  1 puis 2, pérennité des Enfoirés. Jean-Jacques Goldman reste un cas unique dans la chanson française.

À l’époque d’un président « normal », c’est un artiste « normal » qui tient le haut de l’affiche, trente-deux ans après son premier tube « Il suffira d’un signe » (1981). Pourtant, à la différence de quelques-uns de ses contemporains, Patrick Bruel, Mylène Farmer ou Johnny, qui arpentent encore les scènes, Jean-Jacques Goldman est retiré du « circuit ». Sauf peut-être pour les Enfoirés, et sur la pointe des pieds. Loin de la sphère médiatico-artistique, il est un pater familias discret, retiré depuis 2001, mais efficace. « Goldman » sonne comme une marque, label et gage de qualité à lui tout seul. La « Golden touch » ? Tout ce que touche l’artiste se transformerait en or.

« Un incroyable pouvoir de séduction »
Il a été un faiseur de tubes pour lui-même avant de l’être pour Céline Dion, Johnny, Calogero, De Palmas, Marc Lavoine, Patricia Kaas. Plus de 30 interprètes en tout. Au point d’être devenu aussi en quelque sorte le pater familias de la chanson française. Il ne marche pas seul. « À force de ne pas être à la mode, il est devenu intemporel », éclaire l’auteur Emmanuel Bonini, qui a correspondu avec l’artiste dès les années 80, et qui sort prochainement un livre sur les sept tournées de Jean-Jacques Goldman (*).

Avec son retrait prolongé, il a suscité le mystère, et le désir. « C’est quelqu’un de malin, subtil, qui connaît le métier de A à Z, qui a un incroyable pouvoir de séduction », décrit-il, « il a su traiter de sujets sociétaux avant l’heure, sans jamais, comme un Yannick Noah par exemple, donner ses vraies opinions ». Il personnalise encore aujourd’hui « une joie de vivre », reste quelqu’un de « foncièrement positif », engagé de surcroît dans des causes nobles. Et par les temps qui courent, cette attitude plaît.

Ce souffle de bonheur, il a aussi été alimenté par les deux disques « Génération Goldman », le premier vendu à 800.000 exemplaires - un exploit aujourd’hui dans le marasme discographique - et le second qui prend le même chemin.

Ces reprises ravivent la flamme des adultes qui l’ont découvert dans les années 80, et grâce à une nouvelle génération d’artistes (Tal, M Pokora, Emmanuel Moire…) touchent les plus jeunes.

Est-il un cas unique dans le panorama musical français ? « Comme un Francis Cabrel, il a un certain recul par rapport à son statut », juge Sevan Barsikian, qui a créé avec Michael Goldman, son fils, la florissante My Major Company, à la fois label de musique et plateforme de financement participatif.

« Il n’est jamais parti »
Reste aujourd’hui UNE question à plusieurs entrées : est-il allé « au bout de ses rêves » musicaux ? Suffira-t-il d’un signe pour qu’il remonte sur scène ? Pourra-t-il revenir ? « De façon échelonnée, ou très ponctuelle s’il refait un album », prédit Emmanuel Bonini, « mais en fait, il n’est jamais parti ! »

(*) « Goldman en lumières » (éditions Didier Carpentier) sortie le 12 septembre.

Source : DNA (Dernières nouvelles d'Alsace)

Voyez aussi l'article : Jean-Jacques Goldman en lumières (cliquez ici)